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ENTRETIEN AVEC A
PRODUCE
- Cela fait plus de dix ans que vous évoluez dans
le monde de la musique dite "trance". Comment percevez-vous ses récentes
mutations et comment vous y situez-vous ?
- La musique dite "trance" est dans l'air depuis bien
des années sous diverses formes : la musique pour orgue de Bach, l'impressionnisme
de Debussy et Satie, et maintenant les musiques de Steve Reich, Terry Riley et Brian
Eno. Toutes ces musiques sont connues selon différentes appellations, mais
leur intention a toujours été la même : placer l'auditeur dans
un léger état de "trance". Beaucoup de ces musiques sont
hypnotiques et séduisantes d'aspect. Pour moi, la "trance" a toujours
été plus une abstraction musicale qu'un problème d'instruments
; autrement dit, la "trance" peut s'obtenir tout autant à l'aide
d'un synthétiseur, d'une guitare électrique ou de percussions ethniques
qu'au travers d'une ambiance industrielle, ou au contraire une ambiance plus nature.
Bref, cela peut être beau ou dissonant, ou agressif et souvent, c'est même
tout cela à la fois. Plus récemment, la "dance music" s'est
appropriée les genres qualifiés "d'ambiant" et de "trance"
pour les remanier à ses propres fins. Personnellement, je n'ai pas l'impression
que tout cela fonctionne particulièrement bien. Ce style musical a originellement
été développé comme une musique profonde, laissant à
l'auditeur le loisir d'y revenir encore et encore.
- Votre dernier album, Inscape and Landscape, est votre
plus grosse production jusqu'à présent. On y trouve une large variété
de sonorités et d'influences. Quelle a été votre approche ?
- Mon intention était de m'enfoncer à l'intérieur
des terres que j'avais déjà explorées durant les albums précédents,
plus profondément que jamais. Le concept de Inscape and Landscape consiste
à placer la perception que chacun d'entre nous avons de notre environnement
intérieur en perspective par rapport à celle que nous avons de l'environnement
extérieur, et à exprimer ce contraste en musique. C'est pourquoi on
peut trouver dans l'album des morceaux se réclamant des deux points de vue.
"First Glimpse" correspond à la perspective extérieure alors
que "Dwell" et "Empty Pause" correspondent au contraire à
une vision intérieure. Les autres morceaux de l'album participent un peu des
deux aspects en même temps.
- On y entend aussi à deux reprises une guitare électrique
sur fond d'ambiance électronique. Comment choisissez-vous les instruments
que vous allez utiliser ?
- Je choisis les instruments pour chaque morceau en fonction de
ce dont la musique a réellement besoin. Parfois, je trouve que plusieurs instruments
pourraient convenir pour le même morceau, mais au final, il n'en reste qu'un
qui s'intègre vraiment à la musique. Je joue en effet de la guitare
à deux occasion dans Inscape and Landscape. En fait, avant de jouer des claviers,
j'étais guitariste dans différents groupes. Je continue d'ailleurs
à beaucoup apprécier les sonorités des guitares. J'ai simplement
pensé que la guitare constituerait un contraste intéressant au milieu
de tout ces synthétiseurs, en particulier dans "Golden Needle".
- Avez-vous des projets de concert pour le futur proche
?
- Je me produis très peu en concert. En fait, dans ce genre
de musique, il y a tant d'instruments contrôlés par tant de machines
que cela devient rapidement difficile de jouer en public. Il faut remplacer tout
le groupe de musiciens. C'est également très difficile de trouver des
endroits qui acceptent ce style de musique.
- Beaucoup de gens découvrent actuellement votre
musique. De quelle manière le ressentez-vous et à quoi attribuez-vous
votre popularité croissante au sein du mouvement "trance" ?
- Depuis l'arrivée de la musique new age il y a un peu plus
de dix ans, elle s'est scindée en différentes catégories très
distinctes les unes des autres, comme par exemple le new age d'inspiration amérindienne,
l'ethno-ambiant, la "trance", la musique indienne, celtique... Je ne suis
pas très sûr que ce que je fais puisse être facilement catalogué
parmi l'une de ces catégories. À chaque album, j'essaye simplement
de créer une musique qui conduise l'auditeur sur le plus de chemins possibles.
Entretien paru initialement en août 1996
dans New Age Voice et réalisé par Bryan Reesmann.
Traduit de l'anglais par Stéphan Tassart.
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