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GEOFFREY DOWNES

SOMMAIRE
 
Bio-discographie commentée
 
Entretien


BIO-DISCOGRAPHIE COMMENTÉE

Malgré un passé musical déjà bien rempli, Geoff Downes reste un nom qui n'évoque certainement rien de particulier à la plupart d'entre-vous. Claviériste de son état, il est d'abord membre du groupe "pop plastique" les Buggles avec son compagnon Trevor Horn, et ils nous donneront le mega hit planétaire "Video Killed the Radio Star" au début des eighties ainsi qu'un autre single "Plastic Age" qui, lui, fut un flop retentissant.

En juin 1980, après cette première expérience, nos deux musiciens rejoignent Yes en manque de personnel, à la surprise générale du monde musical. À cette époque, le grand Yes a perdu son claviériste (Rick Wakeman) ainsi que sa voix (Jon Anderson). Ce qui reste du groupe, en l'occurrence Steve Howe et Chris Squire ne cherche pas une imitation de Wakeman mais un claviériste compositeur, producteur et arrangeur à part entière. Geoff Downes répondra parfaitement à leurs espérances comme le prouve l'album Drama qui sort en octobre 1980. Un album séduisant et bien meilleur que les productions récentes du Yes d'alors...
Des titres très forts se dégagent de cet album, comme le surprenant "Machine Messiah" où le clavier virevolte ; certes, il est moins technique que Wakeman, son jeu est plus simple mais il est d'une efficacité redoutable.

Après une tournée aux U.S.A. le groupe se sépare. Steve Howe et Geoff Downes montent un super groupe aux États-Unis : Asia avec John Wetton (King Crimson, U.K.) et Carl Palmer (Emerson, Lake & Palmer). Un premier album éponyme de cette réunion sortira en mai 1982 et obtiendra un certain succès grâce à des compositions telles "Heat of the Moment" ou "Here Comes the Feeling". Certes, ce sont des morceaux assez courts, dans l'air du temps, mais Asia a la faculté de produire des mélodies accrocheuses et des refrains étourdissants, dus exclusivement au tandem Wetton/Downes.

Fin 1983 arrive un second album, Alpha, qui est dans la continuité du premier opus, et qui offre le même style de compositions ; un mélange de progressif et de rock FM dont les plus réussis sont "The Smile Has Left Your Eyes" et "The Heat Goes On". Steve Howe quitte le groupe et sera remplacé par un jeune musicien : Mandy Meyer (Krokus). Greg Lake (Emerson, Lake & Palmer) remplace temporairement John Wetton. En automne 1983, celui-ci réintègre la formation pour l'enregistrement d'Astra, le troisième album. On ne change pas une recette qui fonctionne : toujours des hits potentiels, cet album est un petit joyau au niveau de la mélodie et le son est impressionnant. "Go" et "Voice of America" joués en live feront la joie des fans.

Puis c'est une longue période de silence qui s'installe et Geoff Downes en profite pour travailler en solitaire. Un album symphonique sortira des studios en 1987 sous le nom de The Light Program. Il offre une musique instrumentale très puissante, éminemment symphonique, et qui se divise en cinq sections de quinze minutes environ. Geoff Downes joue ici de tous les instruments et s'avère un remarquable compositeur.

En 1990, on retrouve un Asia renouvelé avec la sortie d'une compilation intitulée Now & Then qui contient quatre nouveaux morceaux. Suit un live à Moscou où l'on retrouve le groupe au meilleur de sa forme. Pour ce concert, Pat Thrall tient les guitares. Un guitariste méconnu ayant accompagné auparavant Glenn Hughes sur l'excellent album Hughes/Thrall, du hard rock expérimental façon seventies. Cet album en public est enregistré devant vingt mille personnes et tous les gros titres de Asia sont joués. En prime, le groupe reprend deux classiques crimsoniens : "Starless" et "Book of Saturday". John Wetton offre une excellente prestation mais la palme revient à Geoff Downes pour ses soli de claviers éblouissants et très étudiés. D'ailleurs, il n'hésite pas à reprendre le hit des Buggles "Video Killed the Radio Star" dans une version au piano irréprochable et très prenante. Un grand album en public.

Une nouvelle remise en question survient en 1992, Geoff Downes étant devenu le seul maître à bord, il refond carrément le groupe et fait appel à John Payne, un bassiste chanteur dont la voix fait oublier Wetton. Aux guitares, Al Pitrelli, un musicien issu du milieu rock FM (M. Bolton, Widowmaker). Carl Palmer tient les baguettes pour la dernière fois. De cette réunion naît un nouvel album, Aqua, un CD débordant de claviers et où Downes semble de nouveau en pleine créativité.

La même année sort Aria avec un nouveau batteur, Michael Sturgis (A-Ha, 21 Guns). Encore un excellent disque traversé par la guitare assez hard de Pitrelli. Et Geoff Downes s'avère vraiment intarissable dans ses interventions multiples.

Pas de repos pour Downes qui enregistre un nouvel album solo sous le nom de Vox Humana. Un album chanté cette fois avec l'aide de Max Bacon (GTR), John Payne (Asia), Glenn Hughes (Deep Purple) et même Steve Howe (Yes) sur un titre. Cette fois encore, Geoff Downes tient tous les instruments excepté la batterie.

Début 1995, sort le dernier album en date d'Asia, Arena. Cette fois, la musique change et s'ouvre à de nouveaux horizons. Quelques tendances latines style Santana pour l'intro "Into the Arena" et la touche progressive est bien présente sur plusieurs titres, surtout sur le long "The Day Before the War", un titre épique de dix minutes. "U Bring me Down" et son Hammond à la E.L.P. retient aussi l'attention. Toutes les compositions sont de nouveau signées Downes et Payne. Du grand Asia, sans doute le meilleur depuis les débuts avec un Geoff Downes de nouveau très inspiré et avec un nouveau guitariste des plus intéressants, Elliot Randal.

En 1996, les travaux solos de Geoff Downes intitulés The Light Program sont enfin disponibles en CD. Un album entièrement réalisé avec des claviers et proposant une musique électronique puissante et symphonique, rythmée et contrastée, avec en filigrane, un constant souci mélodique qui en fait une oeuvre que l'on aborde facilement.

Pour Asia, l'année 1996 s'achève confortablement puisque viennent de sortir simultanément deux CD compilations (Archiva 1 et Archiva 2) regroupant uniquement du matériel inédit, toutes époques confondues.

Ainsi s'achève pour le moment le parcours musical de Geoff Downes qui, gageons-le, nous réserve encore des surprises dans le futur.

Jean-Pierre Schricke

Sommaire


ENTRETIEN
Beaucoup se souviennent de vous grâce aux Buggles et à votre contribution à l'essor de la techno-pop, cette image vous satisfait-elle et comment décririez-vous le mieux votre musique à cette époque ?
 
Je suis fier de mon association avec Trevor Horn dans les Buggles, même encore aujourd'hui les gens me demandent de jouer "Video Killed the Radio Star" (souvent dans des fêtes ou aux bars des hôtels). Cela semble rencontrer un écho favorable chez beaucoup de gens.
Je pense que nous étions le premier duo techno-pop (après quoi il y eut Yazoo, Soft Cell, Erasure et les Pet Shop Boys) et la vidéo fût la première jamais passée sur MTV aux U.S.A. en 1983. La musique des Buggles était très profonde, bien plus à mon avis qu'on voulait bien le reconnaître à l'époque, nous avons même encore maintenant nos propres pages d'information sur internet, maintenues par des fans inconditionnels de longue date !
La musique était un collage bizarre de pop, rock, musique classique et jazz. Parfois c'était profondément sérieux (tragédie) et d'autres fois beaucoup plus ludique (comédie). Ce mélange tragi-comique semblait parfaitement refléter la personnalité de Trevor et la mienne.

 
On a beaucoup dit qu'Asia était le premier super groupe anglais, ils étaient (et sont encore) très appréciés non seulement au Royaume-Uni mais aussi aux États-Unis et au Japon. Comment le ressentiez-vous, et quelle est aujourd'hui votre opinion sur ces groupes qui veulent atteindre le même statut, souvent à grand coup de promotion plutôt que par leur talent ?
 
Quand l'album d'Asia fût numéro un un peu partout dans le monde à nos débuts, on (surtout la presse) nous considéra comme un produit issu du rêve de David Geffen de dominer le marché du disque, mais cette observation n'aurait pas pu être plus fausse.
Avant la sortie du disque nous passâmes six mois dans un studio d'enregistrement, expérimentant différents thèmes et idées de chansons avant de retenir les intervenants et le contenu de ce premier album, et le succès fut le résultat de ces recherches. Il n'y a pas de recette miracle, et je suis sûr que même des groupes comme Blur, Oasis et Take That se sont battus dans cet environnement pour mettre au point leur musique pour eux-mêmes et pour le public.
Le talent est une notion très subjective et je ne déconsidérerais le succès de personne à aucun niveau.

 
Quelles furent vos influences musicales dans votre jeunesse et qui vous impressionne aujourd'hui ?
 
Mes influences proviennent sans aucun doute de l'English Church Music. Mon père était un organiste et un maître de chorale et j'ai passé la plus grande partie de ma jeunesse en tant que choriste, voyageant en Angleterre et chantant dans les cathédrales avec The Royal School of Church Music. Je me suis mis à la musique pop vers treize ans, en jouant comme bassiste dans des groupes reprenant des titres de Motown, Stax, Small Faces, etc....
J'ai étudié le piano dés l'âge de six ans et l'orgue à l'âge de dix. J'ai renoncé à jouer de la basse quand j'ai eu seize ans. Je décidai de me concentrer sur les claviers et j'achetai mon premier orgue Hammond (que j'ai toujours), puis je commençai à jouer dans le style de groupes comme Caravan et King Crimson. Je me rendis directement au Collège de Musique de Leeds en quittant l'école et étudiai du jazz au classique. Quand j'obtins mon diplôme en 1976, j'émigrai à Londres. Je suis encore largement influencé par les vieux maîtres du clavier tant dans le classique que le rock, et je ne pense pas qu'il y en ait eu de nouveaux ces dernières années.

 
Pourquoi avez-vous décidé de jouer en solo dans les années quatre-vingt ?
 
Asia avait atteint un seuil après notre troisième album Astra paru en 1985. L'intensité de quatre ans d'enregistrements et de tournées commençait à aliéner les personnalités dans le groupe et nous sentions tous qu'il était temps de nous reposer.
Je commençais à m'intéresser à la production, et je voulais passer du temps à expérimenter avec les technologies musicales qui évoluaient rapidement. Je commençai alors à amasser une quantité énorme de schémas sur lesquels j'avais travaillé, et je voulais vraiment les finaliser. J'ai développé le New Dance Orchestra (un genre d'orchestre de claviers, sans visage et orienté vers les machines), comme un homme-orchestre utilisant toute la technologie avec laquelle j'avais expérimenté ; The Light Program en 1987 fut le point culminant de ce travail.

 
Préférez-vous produire de la musique pour les autres ou écrire et enregistrer votre propre musique ?
 
Après deux ou trois années passées à produire d'autres artistes/groupes, je ne me faisais plus d'illusion à ce sujet, alors que l'administratif semblait l'emporter sur la créativité, bien que de par le monde je profitais du succès de GTR, Mike Oldfield et les Thompson Twins. Je pourrais encore participer à un nouveau projet excitant dans une structure de production mais je préfère de loin travailler sur mes propres idées.
C'est ce qui me plaît le plus, une position sans compromis.

 
Comment décririez-vous le son de Asia, et qu'espère achever le groupe l'année prochaine ?
 
Asia est une version rock des Buggles, c'est une musique symphonique, puissante et émotionnelle, croisant de nombreux genres sur trois cent soixante degrés. Nous voulons continuer à amener notre musique à ceux qui nous écoutent et au-delà, et espérons que nous pourrons, grâce à notre audience, occuper une place de choix comme groupe dans l'histoire de la musique moderne.
 
Quel a été l'un des moments forts de votre vie ?
 
Toute l'enceinte de Meadowland Arena à New-York (vingt mille personnes) me chantant "Happy Birthday" à un concert le 25 août 1983... et aussi de voir mes deux filles dormir...
 
Vous avez enregistré trois albums solo, prévoyez-vous d'en écrire et d'en sortir d'autres, ou bien vous concentrerez-vous sur le nouvel album d'Asia ?
 
Asia est une grande partie de ma vie, je me suis battu pour maintenir le flambeau dès le premier jour ! Et je continuerai de le faire aussi longtemps que nous plairons à nos fans dans le monde entier, et si nous obtenons leur vote de confiance. Parfois, cependant, il est bon de s'éloigner vers un environnement offrant moins de pression, et de laisser la musique couler. C'est une sorte de thérapie, et j'apprécie toujours ces moments de réflexion intérieure qui émergent dans mon travail solo.
 
Comment vous sentez-vous par rapport au label Voiceprint et leur capacité à éditer et rééditer sans cesse de la musique de qualité ?
 
Voiceprint montre de l'enthousiasme envers des musiques de différents genres, moins disponibles ou certainement moins suivis par les gros labels, et montre que la musique est avant tout une question de passion. Il offre une chance de succès à de nombreux artistes talentueux dont le travail serait autrement ignoré.
 
Si l'on vous donnait la chance de travailler avec n'importe qui, vivant ou mort, qui choisiriez-vous et pourquoi ?
 
J'ai travaillé avec de nombreux artistes de talent (dont beaucoup sont sur l'album Vox Humana), mais en fin de compte je voudrais écrire une chanson avec Stevie Wonder, un musicien fantastique, la faire chanter par Marvin Gaye qui a la plus belle voix de tous les temps, la faire enregistrer par Alan Parsons (il a enregistré The Dark Side of the Moon), mixer par Bob Clearmoutain... on peut toujours rêver !
 
Comment voulez-vous qu'on se souvienne de vous ?
 
Original, musicalement parlant, et un homme de bonne compagnie, socialement parlant.
 
Quel est votre album favori sur lequel vous ayez participé au cours de toutes ces années ?
 
L'album des Buggles, Age of Plastic, rien n'a jamais été mieux ! Nous étions si excités par les perspectives de notre premier album que nous nous sommes donnés à cent pour cent, et cela s'est vu. Parfois l'ignorance est une bénédiction !
 
Si vous n'étiez pas musicien, que pensez-vous que vous feriez ?
 
Je pense que je serais journaliste ou écrivain. J'ai passé des heures à peaufiner des lettres ou des scénarios et à écrire des reportages hypothétiques sur les matches auxquels je vais. Je me suis présenté pour être reporter sportif au Stockport Express en quittant l'école, mais je n'ai pas décroché le job !
 
Quels sont vos projets pour le futur ?
 
J'envisage de reconstruire nos studios, inondés au Noël dernier, pendant les mois prochains, et ensuite m'impliquer dans plus de musique aussi bien pour Asia que pour un nouvel album solo. Avec les promotions en cours et des dates de festival pendant l'été 1996, je pense que je serai plutôt occupé !
 

Entretien réalisé par X.
Traduit de l'anglais par Serge Belleudy-d'Espinose.

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© 7/09/98 Crystal Lake / Serge Belleudy-d'Espinose
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