 |
Radio Massacre International (R. M. I. en abrégé !), voila qui aurait pu être le nom d'un groupe de trash ou de hardcore bien décapant et révolutionnaire à souhait ; que nenni !
Prenez quelques vieux Moog, un Mellotron, deux ou trois guitares, des séquenceurs et mettez aux commandes trois musiciens (tiens, tiens...) ; l'un est principalement guitariste, le second percussionniste et le dernier un peu touche-à-tout. Cela a la sonorité du Tangerine, cela a la texture des morceaux du Dream, mais cela n'est pas du Tangerine Dream ! Cela arrive d'outre-Manche, made in England, en deux mots : c'est British !
Le premier CD s'ouvre sur une plage de vingt minutes, "Wrecks" ; tout commence calmement, par des séquences en boucles, puis la rythmique s'accélère, palpitante, épaulée par un solo de guitare éthéré. Vaste mélange de Sorcerer, Encore et Phaedra, qui nous transporte deux décennies en arrière.
Second morceau, seconde impression. L'air un tantinet Vangelis de l'ouverture s'efface au profit d'un chassé-croisé entre Moog, Mellotron et Roland aux sons cristallins ; le climat, inquiétant au départ, évolue au gré de l'enchevêtrement des séquences. Pas de temps morts, le morceau est bien travaillé.
"Small Frozen North" débute par des nappes de Moog auxquelles viennent se greffer des séquences servant de support rythmique. L'atmosphère générale de cette composition n'est qu'un avant-goût de la suivante.
Composé d'harmonies inquiétantes et envoûtantes, ce quatrième titre possède un certain cachet rétro avec ses craquements hérités de l'ère du vinyl. Décors requis pour une écoute dans les meilleures conditions : au milieu des bois par une nuit sans Lune. Ah ! j'allais oublier, cela s'intitule "Rosemary's Baby".
Cinquième morceau, cinquième surprise. "Drown" évolue
|
dans une atmosphère empruntée au groupe Ash Ra avec une rythmique dreamienne pompée sur Tangram. Cette composition alterne passages calmes et méditatifs avec des plages soutenues, mais sans plus. La montée en puissance des séquenceurs nous fait espérer une apothéose de délires percussifs, mais l'explosion finale n'arrive pas et nous restons sur notre faim.
"L'Electronishe Music" des années soixante-dix est toujours très présente.
Le second CD ne comporte que deux titres pour soixante-neuf minutes de musique. "Frozen North 1" commence par un solo de Mellotron (souvenez-vous Rubycon), puis les harmonies se forment pour nous transporter dans une longue procession où les claviers sont les fils conducteurs. Le final tient d'une recherche acoustique chère à l'I.R.C.A.M.. Avec "Frozen North 4" (les parties 2 et 3 seront peut-être sur un prochain album), le monde des voix samplées incite à la méditation ; sorte de Phaedra bis. Celui-ci prendra son envol (au bout de vingt minutes tout de même) vers des horizons séquencés à souhait et largement explorés par des musiciens "ancestraux".
Les morceaux les plus courts sont, à mon avis, les mieux réussis. Pour les autres, le démarrage est long et me fait penser au tout début de la musique dite électronique, où le musicien en attente d'inspiration pianotait sur ses claviers, triturait un tas de boutons jusqu'à ce que la magie du bidouillage ne l'emporte - avec nous - vers des contrées planantes et harmonieuses. Le trio R. M. I. n'a pas encore acquis la maîtrise de son homologue berlinois, mais il nous immerge, deux décennies après, dans un univers qui était alors en pleine expansion.
La "Berlin school" a vingt ans, la "British schule" nous offre un lifting !
À consommer sans modération, surtout par les inconditionnels du Tangerine Dream des seventies.
BV
|